| Hommage
à la Catalogne
2001 |
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Introduction |
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Ces images ont fait partie d'une exposition
à la Fondation Vila Casas, à Barcelone.
Le titre du présent essai photographique est emprunté à celui du récit de George Orwell, un auteur que j'admire et à qui la Catalogne a rendu la courtoisie, en baptisant de son nom l'une des places de Barcelone. Cette référence mise à part, la Catalogne que j'ai photographiée est aussi différente de celle décrite par l'antifasciste britannique de '36, que je suis moi-même devenu différent du petit garçon en uniforme de "Figlio della Lupa", photographié en cette même année dans mon Italie natale. We have come a long way, baby, comme dit une chanson américaine: nous revenons de loin. Pourtant le titre d'Orwell et le rapprochement avec mon enfance se sont imposés à mon esprit, avec une insistance à laquelle je n'ai su résister. Peut-être parce que ce contraste, entre le présent et le passé, me fait penser à l'autre dichotomie, si caractéristique de la Catalogne, entre le réel et l'imaginaire, entre une façade de bon sens et un noyau incontestable de folie. On pourrait dire que cette dichotomie correspond à celle, plus généralement ibérique, entre Sancho Panza et Don Quixote. Sauf qu'en Catalogne le sens du réel prédomine : je me dis parfois que si Miguel de Cervantes était né catalan, il aurait pu intituler son ouvrage du nom de l'écuyer Et que c'est par réaction à cette prédominance du sens que la Catalogne est devenue l'un des berceaux du surréalisme (l'autre ayant été la Belgique, autre place forte du bon sens.) Le mot est lâché: ce sont des réminiscences surréalistes qui m'ont souvent décidé, lors de mes périples en Catalogne, à appuyer sur le déclencheur. Mais ce ne sont pas les seules: je me suis sans doute laissé entraîner - parfois sans en prendre conscience - par des références au modernisme, à l'expressionnisme et à la peinture abstraite. Sans oublier l'art roman, qui avait été le thème d'un de mes précédents ouvrages, et dont j'ai cru reconnaître certaines personnages dans le quotidien des marchés et des rues. La réminiscence est un autre mot clé. Donc l'écoulement du temps, que la photographie ne peut saisir et dont les équivalences hantent les photographes, comme celles de l'espace hantent les peintres et celles du mouvement les sculpteurs. Si la Catalogne m'émeut, c'est parce que tout ici me rappelle quelque chose. À commencer par les souvenirs, imaginaires, de mes lointains ancêtres sépharades, dont j'ai cru distinguer quelques silhouettes dans le contre-jour d'une ruelle de Gerone (alors qu'il s'agissait en fait d'un groupe de jeunes filles de Brooklyn, venues en pèlerinage culturel et habillées de noir pour la circonstance). Ou le petit pincement, à l'aéroport de Barcelone, en entendant le haut-parleur annoncer: Salida de Iberia, con destino Tel-Aviv Qui, parmi les expulsés de 1492, aurait pu le prévoir? Plus poignants encore, sans doute, sont les souvenirs restés inconscients au moment de la prise de vue, et émergés seulement plus tard, alors que j'examinais les planches de contact ou que je travaillais les tirages. Pourquoi me suis-je arrêté devant tous ces chiens, ces chats, ces chevaux, ces bovidés? Qu'est-ce qui m'a poussé à photographier ces étals de poissons et de têtes d'agneau? D'où me vient cette fascination pour les oliviers? Ces formes animales et végétales ne sont pas spécifiques de la Catalogne - mais c'est ici qu'elles m'ont paru plus chargées de sens, plus proches de leurs archétypes ou plus apparentées à mes propres racines. L'autre direction du temps - l'avenir - n'est pas du domaine de la photographie, à moins d'extrapoler à partir de certains aspects du présent. En Catalogne (comme ailleurs) beaucoup de ces aspects pointent dans le sens de mes craintes: pollution, tourisme de masse, urbanisme de masse, culture de masse. Je n'ai pas voulu m'attarder sur ces aspects, sans toutefois les exclure de ce kaléidoscope. D'autres indicateurs d'avenir vont dans le sens de mes espoirs, en particulier de mon rêve d'une identité européenne, qui reprendrait le fil d'une culture commune, interrompue à la fin du Moyen Âge par le développement des états-nations. L'identité catalane me réjouit, dans la mesure où elle m'apparaît comme une composante de l'Europe de demain. Je ne sais si mes images le montrent avec assez d'évidence, mais je serai reconnaissant au spectateur qui les regardera dans cette perspective. |
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photos sont présentées ici. Une centaine d'autres images de cette série se trouvent dans mes archives informatisées. |
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| Frank Horvat Photographie Photos Documentaires - Hommage à la Catalogne (2001) |