Sculptures de Degas

1990

 

Introduction
   
 

"Y a-t-il un projet dont vous rêvez, et que vous n'avez pas encore pu réaliser?" C'était une proposition de travail, d'autant plus tentante qu'elle venait de Jean Marc Dabadie, éditeur de L'IMPRIMERIE NATIONALE, une prestigieuse institution française datant de François Ier. J'avais plusieurs réponses au bout de la langue, mais je savais que Dabadie cherchait, spécifiquement, un sujet culturel pouvant donner lieu à ce que l'on appelle un "beau livre". Je répondis donc: "J'ai toujours voulu photographier les sculptures de Degas." En réalité je n'y avais jamais pensé, mais j'étais effectivement attiré par l'idée de photographier des sculptures, dans la mesure où cela me semblait un travail d'interprétation (comparable, par certains côtés, à celle d'un instrumentiste jouant une œuvre musicale).

Des sculptures de Degas (que l'artiste exécuta en cire, sans les faire reproduire de son vivant, car il les considérait simplement comme un exercice) il ne reste que soixante-treize statuettes, coulées en bronze après sa mort. Le Musée d'Orsay, qui en possède la collection entière, me permit de les photographier, à condition qu'elles ne quittent pas les souterrains du Musée (où l'on m'avait laissé installer un atelier de prise de vue), qu'elles restent toujours sous la surveillance d'un gardien, et qu'elles ne soient manipulées que par du personnel qualifié, portant des gants spéciaux. Mon problème technique était d'éliminer les reflets sur le bronze, qui dans une photographie sont encore plus gênants qu'en réalité. Alors que j'essayais de résoudre cette difficulté (par une combinaison de lumière indirecte et de filtres polarisants), je me rendis compte que je comprenais beaucoup mieux les sculptures en les étudiant à travers le viseur, qu'en les regardant simplement à l'œil nu. J'en conclus que mes images pourraient également aider d'autres personnes à mieux voir ces œuvres. Peut-être quelqu'un me dirait "Les sculptures de Degas ne me paraissent plus les mêmes, depuis que je les ai vues dans vos photos" - comme on me l'avait dit pour les "Portraits d'Arbres".

L'idée était exaltante, mais elle impliquait une responsabilité, car il n'était pas question de presser le bouton sans me demander: "Degas approuverait-il cette lumière, ou cet angle de prise de vue?" (interrogation d'autant plus pertinente, que Degas avait été lui-même un bon photographe). J'essayai de trouver les réponses en étudiant ses tableaux et ses dessins, et aussi en l'imaginant dans son studio, travaillant sur les sculptures: "La lumière devait venir d'une fenêtre au nord " imaginais-je "comme dans tous les ateliers de peintres. Il devait regarder ses statuettes d'une distance à peu près équivalente à la longueur de son bras. Il se tenait peut-être debout, de manière qu'il les voyait un peu du haut, en les faisant tourner de temps en temps, pour les examiner sous différents angles." Afin de reconstituer cette situation, j'éclairai les sculptures avec un spot de cinéma, dont la lumière était réfléchie par un panneau de polystyrène de la dimension d'une grande fenêtre; j'utilisai un zoom de focale moyenne, je plaçai l'appareil sur un pied, l'inclinant légèrement vers le bas, et je demandai au préposé muni de gants de faire pivoter les statuettes très lentement, pendant que mon assistant variait la lumière, avec différents angles du spot et du panneau, et que je tournais moi-même le filtre polarisant, pour minimiser les reflets sur le bronze. Au bout d'une recherche qui pouvait durer assez longtemps, venait un instant où tous ces paramètres semblaient se mettre en place. C'était comme si, soudainement, la statuette dans mon viseur prenait vie. Je m'écriais alors: "Arrêtez, la voilà!" et je déclenchais.

 
 

13 photos sont présentées ici.
119 images de cette série se trouvent dans mes archives informatisées. Beaucoup d'autres sont parmi mes négatifs.

 
     

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Frank Horvat Photographie
Photos de Sculpture - Degas (1990)