Bestiaire

1993 - 94

 

Introduction
   
  Quand, au début des années Quatre-vingt, mon fils David, qui avait alors quatorze ans, me parla pour la première fois de micro-ordinateurs, je me sentis le père d'un nouvel Einstein. Un an plus tard, quand j'achetai moi-même l'un des premiers Apple II, pour m'en servir pour du traitement de texte, mes amis me traitèrent de maniaque de gadgets. Mais ce fut seulement une dizaine d'années plus tard qu'une dame d'Apple France, chargée des relations publiques, me montra comment on pouvait faire disparaître un bouton rouge du nez d'une jeune fille (sur l'écran, bien entendu) par le simple clic de la souris. Je compris que la photographie était parvenue à un tournant et qu'une ère nouvelle commençait. J'acceptai le micro-ordinateur que la dame d'Apple France voulait bien me prêter, et je passai les années suivantes peuplant les rues de Paris d'éléphants blancs, chaussant mon chat de bottes de sept lieues, ou plaçant des mannequins de couture dans des paysages exotiques. Pour moi c'était un jeu, pour quelques imbéciles c'était du surréalisme, et pour certains de mes amis photographes c'était de l'hérésie.

J'entrepris ensuite un projet sur les animaux, qui à l'origine devait s'appeler "Le Jardin d'Eden", mais qui fut exposé et publié sous le nom de "Bestiaire d'Horvat". Il faut dire que les animaux (et particulièrement les plus exotiques) ont toujours joué un rôle dans mon inconscient: j'en rencontre souvent dans mes rêves, et il m'arrive de passer des heures de ma vie éveillée à les contempler dans les jardins zoologiques. Une fois, alors que je photographiais un lion dans un zoo, pour le placer dans un de mes montages, je me rendis compte que ce que je voyais avec les "yeux de l'esprit" était très différent de ce qu'enregistrait la pellicule: mon esprit se concentrait sur l'animal même, sans tenir compte des accidents du lieu, tel que les barreaux, les sols en béton ou les enfants jetant des cacahuètes dans la cage. "Si le but d'une photographie créative" me dis-je "est de s'approcher de la vision de l'esprit, alors pourquoi ne pas se servir de l'ordinateur pour libérer ce lion de la cage - qui après tout n'est qu'un accident - pour le replacer dans un paysage qui lui convient?"

Je sais que l'on peut ne pas souscrire à cette thèse (et que des personnes pour lesquelles j'ai la plus grande estime, comme mon maître et ami Henri Cartier-Bresson, s'y déclarent violemment hostiles). Mais je sais aussi que ces images fonctionnent, dans le sens que j'ai eu du plaisir à les faire, qu'elles semblent avoir un sens pour ceux qui les regardent, et que je continue à être heureux de les montrer.

Pour répondre à quelques "questions fréquemment posées", j'ajouterai que chaque image se compose de plusieurs éléments, photographiés à des moments différents (mais toujours par moi-même). Tous les animaux ont été photographiés dans des jardins zoologiques, en Europe et aux USA. J'ai travaillé sur ce projet pendant deux ans, pratiquement tous les jours et pendant une partie de mes nuits, et je n'aurais pu le compléter sans l'assistance précieuse de Véronique, ma compagne. Il est vrai qu'avec notre expérience présente et les appareils plus puissants de maintenant, le même travail pourrait être fait en moins de temps.

 
  35 images sont présentées ici.
245 images de cette série se trouvent dans mes archives informatisées.
 
     

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Frank Horvat Photographie
Images Numériques - Bestiaire (1993-94)