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  texte d'Ovide
     

 

 

Des "Métamorphoses" d'Ovide, livre IV:

"Victoire! il est à moi!" s'écrie la Naïade, et, ayant rejeté au loin tous ses vêtements, elle s'élance au milieu des eaux; il se débat, mais elle le maintient et, malgré sa résistance, lui ravit des baisers; elle glisse ses mains sous le jeune homme, atteint sa poitrine rebelle, l'enveloppe tantôt par un côté, tantôt par un autre. Enfin c'est en vain qu'il lutte et cherche à lui échapper; elle l'enlace comme fait un serpent que l'oiseau du souverain des dieux soutient et emporte au milieu des airs; suspendu dans le vide, le reptile enchaîne la tête et les serres de l'aigle, et des replis de sa queue il entoure les ailes déployées; tel le lierre embrasse le tronc des grands arbres; tel encore le polype, quand il a surpris un ennemi sous les eaux, l'emprisonne dans ses fouets lancés en tous sens. Le descendant d'Atlas résiste toujours et refuse à la nymphe la joie qu'elle espère; elle le presse, l'étreint de tout son corps et, s'attachant à lui étroitement; "Tu as beau te débattre, méchant, dit-elle, tu ne m' échapperas pas, ô dieux, exaucez-moi; faites que jamais ne vienne le jour qui nous éloignerait, lui de moi ou moi de lui!" Cette prière eut les dieux pour elle; leurs corps mêlés se confondent et revêtent l'aspect d'un être unique; quand on rapproche deux rameaux sous la même écorce, on les voit se souder en se développant et grandir ensemble; ainsi, depuis qu'un embrassement tenace les a unis l'un à l'autre, ils ne sont plus deux et pourtant ils conservent une double forme: on ne peut pas dire que ce soit là une femme ou un jeune homme; ils semblent n'avoir aucun sexe et les avoir tous les deux.