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Des "Métamorphoses"
d'Ovide, Livre III:
Il advint que Narcisse, séparé de la troupe de ses fidèles
compagnons, cria: "Y a-t-il quelqu'un près de moi?" "Moi"
répondit Echo. Plein de stupeur, il promène de tous côtés
ses regards. "Viens" crie-t-il à pleine voix; à
son appel elle répond par un appel. Il se retourne et, ne voyant
personne: "Pourquoi, dit-il, me fuis-tu?" Il recueille autant
de paroles qu'il en a prononcé. Il insiste et, abusé par
la voix qui semble alterner avec la sienne: "Ici, reprend-il, réunissons
nous." Il n'y avait pas un mot auquel Echo pût répondre
avec plus de plaisir: "Unissons-nous" répète-t-elle
et, charmée elle-même de ce qu'elle a dit, elle sort de la
forêt et vient jeter les bras autour du cou tant espéré.
Narcisse fuit, et tout en fuyant: "Retire ces mains qui m'enlacent,
dit-il; plutôt mourir que m'abandonner à toi!" Elle
ne répéta que ces paroles: "M'abandonner à toi!"
Méprisée, elle se cache dans les forêts; elle abrite
sous la feuillée son visage accablé de honte et depuis lors
elle vit dans des antres solitaires; mais son amour est resté gravé
dans son coeur et le chagrin d'avoir été repoussée
ne fait que l'accroître. Les soucis qui la tiennent éveillée
épuisent son corps, toute la sève de ses membres s'évapore.
Il ne lui reste que la voix et les os; sa voix est intacte, ses os ont
pris, dit-on, la forme d'un rocher. Depuis, cachée dans les forêts,
elle ne se montre plus; mais tout le monde l'entend: un son, voilà
tout ce qui survit en elle.
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