texte d'Ovide
     

 

 

Des "Métamorphoses" d'Ovide, Livre XI:

Poussé par les flots, le cadavre se rapproche encore; plus elle le regarde et plus sa raison se trouble; maintenant il est tout près de la terre; elle le voit assez bien pour pouvoir le reconnaître; c'était son époux! "C'est lui!" s'écrie-t-elle; en même temps elle déchire son visage, elle arrache ses cheveux, ses vêtements, et, tendant vers Céyx ses mains tremblantes, "Voilà donc, ô mon époux chéri, dit-elle, voilà dans quel état tu me reviens, infortuné!" Au bord des eaux s'élève une digue, construite par la main de l'homme, qui brise au loin le courroux de la mer et fatigue les assauts de ses vagues en les recevant la première. Alcyone y monte d'un bond, et même (c'était un prodige qu'elle en fût capable) elle volait; battant l'air léger avec des ailes qui venaient de lui naître, elle effleurait, oiseau lamentable, la surface des flots; en volant, elle poussait un cri qui ressemblait à un cri de détresse; un son plaintif et perçant s'échappait de son bec effilé. Quand elle eut touché le corps muet et exsangue, elle entoura de ses ailes récentes les membres de celui qu'elle aimait et lui donna vainement avec son bec dur de froids baisers. Céyx l'avait-il senti, ou bien eut-il seulement l'air de soulever la tête, qui cédait aux mouvements des vagues? On se le demandait; mais il l'avait bien senti; enfin les dieux, émus de compassion, les changent en oiseaux tous les deux.