texte d'Ovide
     

 

 

Des "Métamorphoses" d'Ovide, Livre XIV:

Lorsqu'elle nous aperçoit, elle échange avec nous un salut; son visage s'épanouit et elle nous adresse des paroles de bon augure; sans perdre un instant, elle donne l'ordre de mêler ensemble des grains d'orge grillé, du miel, du vin capiteux, du lait caillé et elle y ajoute furtivement des sucs que doit déguiser la douceur du breuvage. Nous recevons les coupes qu'elle nous offre de sa main divine. A peine notre bouche desséchée par la soif les a-t-elle vidées, à peine la cruelle déesse a-t-elle de sa baguette effleuré nos cheveux (je ne sais le dire sans honte) que mon corps se hérisse de soies et que la parole me manque; au lieu de mots je ne fais plus entendre que de rauques grognements; je me baisse vers la terre, la tête en avant, et je sens que ma bouche se durcit sous la forme d'un groin retroussé; les muscles de mon cou se gonflent, mes mains, avec lesquelles je venais de saisir la coupe, me servent à marcher; aussi bien que mes compagnons, victimes du même sortilège (tant est puissante la vertu d'un tel breuvage!) je suis enfermé dans une étable.