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Des "Métamorphoses"
d'Ovide, Livre I:
Quand un chien des Gaules a aperçu un lièvre dans une plaine
découverte, ils s'élancent, l'un pour saisir sa proie, l'autre
pour sauver sa vie; l'un semble sur le point de happer le fuyard, il espère
le tenir à l'instant et, le museau tendu, serre de près
ses traces; l'autre, incertain s'il est pris, se dérobe aux morsures
et esquive la gueule qui le touchait; ainsi le dieu et la vierge sont
emportés l'un par l'espoir, l'autre par la crainte. Mais le poursuivant,
entraîné par les ailes de l'Amour, est plus prompt et n'a
pas besoin de repos; déjà il se penche sur les épaules
de la fugitive, il effleure du souffle les cheveux épars sur son
cou. Elle, à bout de forces, a blêmi; brisée par la
fatigue d'une fuite si rapide, les regards tournés vers les eaux
du Pénée: "Viens, mon père, dit-elle, viens
à mon secours, si les fleuves comme toi ont un pouvoir divin; délivre-moi
par une métamorphose de cette beauté trop séduisante."
A peine a-t-elle achevé sa prière, qu'une lourde torpeur
s'empare de ses membres; une mince écorce entoure son sein délicat;
ses cheveux qui s'allongent se changent en feuillage; ses bras, en rameaux,
ses pieds, tout à l'heure si agiles, adhèrent au sol par
des racines incapables de se mouvoir; la cime d'un arbre couronne sa tête;
de ses charmes il ne reste plus que l'éclat. Phébus cependant
l'aime toujours; sa main posée sur le tronc, il sent encore le
cur palpiter sous l'écorce nouvelle; entourant de ses bras
les rameaux qui remplacent les membres de la nymphe, il couvre le bois
de ses baisers; mais le bois repousse ses baisers.
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