texte d'Ovide
     

 

 

Des "Métamorphoses" d'Ovide, Livre X:

Emerveillé, Pygmalion s'enflamme pour cette image; souvent il approche ses mains du chef-d'œuvre pour s'assurer si c'est là de la chair ou de l'ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l'ivoire. Il donne des baisers à la statue et il s'imagine qu'elle les rend; il lui parle, il la serre dans ses bras; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu'ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu'ils ont pressé; tantôt il caresse la bien-aimée, tantôt il lui apporte ces cadeaux qui plaisent aux jeunes filles, des coquillages, des cailloux polis, de petits oiseaux, des fleurs de mille couleurs, des lys, des balles peintes, des larmes tombées de l'arbre des Héliades; il la pare aussi de beaux vêtements; il met à ses doigts des pierres précieuses, à son cou de longs colliers; à ses oreilles pendent des perles légères, sur sa poitrine des chaînettes. Tout lui sied et, nue, elle ne semble pas moins belle. Il la couche sur des tapis peints de la pourpre de Sidon; il l'appelle sa compagne de lit et il pose son cou incliné sur des coussins de plumes moelleuses, comme si elle pouvait y être sensible.