“Entre Vues” in italiano!

La gradita iniziativa di Charles Martin, di tradurre “Entre Vues” in inglese, è stata seguita da una non meno gentile proposta di Giancarlo Biscardi, per l’italiano. Le traduzioni si troveranno, man mano che saranno completate, sopra le vignette dei fotografi.

Giancarlo Biscardi è un amico fotografo di Palermo, se volete conoscere il suo lavoro, o semplicemente ringraziarlo, i suoi indirizzi sono:

http://www.giancarlobiscardi.it
e-mail: info@giancarlobiscardi.it

 
     
     
     
 

Entre Vues

Entretiens de Frank Horvat, sur la photographie, avec les photographes Édouard Boubat, Robert Doisneau, Mario Giacomelli, Hiroshi Hamaya, Joseph Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Helmut Newton, Marc Riboud, Eva Rubinstein, Jeanloup Sieff, Joel Peter Witkin.
Ouvrage publié chez Nathan, Paris, en 1990.

 
     
     
  Introduction (2002)  
     
     
 

Entre 1983 et 1987, j'eus des problèmes avec mes yeux, au point de craindre sérieusement de perdre la vue. Cela me donna l'idée de "photographier avec mes oreilles", c'est-à-dire d'explorer la réalité à l'aide d'un magnétophone, un peu comme je l'avais fait avec l'appareil photographique.

Je décidai que mon premier sujet serait l'acte de photographier, à propos duquel, depuis longtemps, je me posais des questions. Mon approche fut une série d'entretiens avec quelques confrères que j'admirais et qui acceptèrent de "parler boutique ". Le plus difficile fut la mise par écrit de ces enregistrements - qui correspondait, dans mon analogie avec la photo, au choix sur les contacts et au tirage.

Dans les années suivantes, mes yeux furent opérés et j'en recouvrai suffisamment l'usage pour continuer à photographier. La "photographie avec les oreilles" resta une expérience unique.

Le résultat de cette expérience fut un ouvrage, "Entre Vues", publié par Nathan, Paris, en 1990, et traduit quelques années plus tard en japonais et en chinois. L'édition française fut épuisée, mais pas réimprimée, et il n'y eut pas de publication en anglais. (Ne me demandez pas pourquoi, les éditeurs ont leurs raisons.)

Malgré ce succès mitigé, l'ouvrage eut un certain retentissement. Des exemplaires d'occasion continuent à circuler, et de nombreuses personnes m'ont exprimé leur désir de s'en procurer - que malheureusement je n'ai pas la possibilité de satisfaire. C'est pourquoi j'ai décidé de mettre "Entre Vues" sur le net.

Je tiens à souligner que, depuis ces entretiens, quinze années se sont écoulées. Édouard Boubat, Jean-Loup Sieff, Robert Doisneau, Mario Giacomelli et Hiroshi Hamaya ne sont plus parmi nous. Mes autres interlocuteurs ont évolué, dans un sens ou dans un autre. La photographie elle-même a été bouleversée par les nouvelles technologies. Mes propres idées et mon propre style ne sont plus tout à fait les mêmes.

Le lecteur attentif prendra ces circonstances en considération.

Frank Horvat, novembre 2002.

 
     
     
     
  Intoduction (1990)  
     
     
 

Quand on me demande ma profession, je réponds : "photographe". Cela se dit facilement, ce n'est pas comme si j'avais à annoncer "je suis astrologue" ou "inspecteur des impôts". C'est pourtant moins simple que de dire "sculpteur" ou "plombier". Il me semble à chaque fois qu'il faudrait préciser, ajouter quelque chose comme : "mais un photographe n'est pas ce que vous imaginez" ou : "mais il faudrait définir ce qu'on entend par 'photographie' ".

.Je n'ajoute rien de tel, bien sûr. Ce serait inutile : les gens croient savoir, tous "prennent" des photos (ou se laissent "prendre" en photo). Quand ils en parlent c'est pour dire : "Si on fait dix bobines on a forcément une bonne photo" ou : "J'ai fait exactement la même photo que vous, sur le pont de Brooklyn, seulement sans le personnage" (propos rapporté par Édouard Boubat). Les philosophes de la photographie écrivent : "La voyance du photographe ne consiste pas à "voir" mais à se trouver là" (Roland Barthes), ou bien : "Il n'y a pas de mauvaises photos : il n'y a que des photos moins intéressantes, moins significatives, moins mystérieuses" (Susan Sontag).

Pour un photographe, de tels propos sont aberrants. Notre expérience quotidienne nous montre qu'il ne suffit pas de presser le bouton, pour que ce qui était devant la boîte soit dedans. Et que, même si on l'a "saisi", on n'a pas nécessairement une bonne photo. Une bonne photo est une chose rare, presque miraculeuse, que même les meilleurs parmi nous ne réussissent que quelques dizaines (ou centaines) de fois dans leur vie. Comment des penseurs tels que Barthes et Sontag peuvent n'y voir que le produit d'un procédé technique ?

Nous nous sentons mal compris. Parfois cela nous irrite, d'autres fois cela nous donne une sorte de satisfaction, comme si nous étions les détenteurs d'un secret, les initiés d'une secte. Nous reconnaissons nos confrères de loin, même s'ils ne portent pas d'appareil, ne fût-ce qu'à leur manière de laisser traîner le regard, sur pattes de velours, comme des félins aux aguets. Je me souviens d'une promenade sur les contreforts de l'Etna, dans la voiture d'un photographe que je connaissais à peine. Ses hésitations dans les virages, ses petits coups de freins à l'apparition d'un arbre ou d'un rocher me remplissaient de joie : nous étions deux à voir la même manière.

C'est peut-être pareil pour les plombiers et les inspecteurs des impôts. Ou peut-être pas : la solitude du photographe est particulière, puisqu'il est forcément seul à regarder dans le viseur et à prendre la décision de déclencher. Bien sûr, l'aboutissement de la recherche, l'instant qui a été appelé décisif, sera partagé par les spectateurs de la photographie. Mais les autres instants, tous les millions d'instants non décisifs, toutes les recherches non abouties se déposent en nous comme une lie et font notre solitude.

Le besoin de partager cette solitude est la première motivation du présent ouvrage. N'étant pas écrivain, j'ai utilisé une approche de photographe : j'ai choisi des personnages - d'autres photographes -, je les ai fait parler et j'ai enregistré leurs propos. Ensuite, j'ai travaillé sur les bandes magnétiques comme sur des planches de contact : repérant les points forts, élaguant les répétitions, mettant en évidence ce qui me semblait caractéristique. Bien entendu, mes interlocuteurs ont eu la possibilité de lire ces extraits et d'y apporter des corrections.

Ceux que j'ai choisis pour collaborer à ce projet sont des photographes dont je suis un peu jaloux. Quand je regarde une photo, je me demande toujours (plus ou moins consciemment) si j'aimerais l'avoir faite. Dans la majorité des cas, la réponse que je me donne est négative, soit parce que l'image ne m'attire pas, soit au contraire parce qu'elle ressemble trop à celles que je fais. Mais il m'arrive de voir des photos que j'aimerais avoir faites et dont pourtant je me dis que je n'aurais pas su les faire : parce qu'elles sont le résultat d'une manière d'opérer - et surtout d'une manière d'être - qui ne sont pas les miennes. C'est de celles-là que je me sens jaloux - et c'est avec les photographes qui les ont faites que j'ai eu envie de dialoguer.

Je connais certains d'entre eux depuis ma jeunesse. Boubat nous visitait le dimanche et émerveillait mes enfants avec ses tours de prestidigitation. Sieff partageait avec moi un atelier à New York. Avec Riboud je m'attablais souvent dans un café place Saint-Philippe-du-Roule, pour discuter des affaires de Magnum. Newton se laissa convaincre, au cours d'une discussion mémorable, d'essayer le format 24 x 36. Sarah Moon venait me présenter son dossier de mannequin, que je regardais avec admiration et que je lui rendais en disant : "Je ne peux pas te photographier, tu connais trop bien les ficelles."

D'autres - Doisneau, Giacomelli, Koudelka, McCullin, Rubinstein, Hamaya, Witkin - m'étaient familiers par leur travail. Les heures passées avec eux (et les jours passés en les réécoutant) les ont fait entrer dans ma vie. Désormais, je ne peux regarder leurs photos sans entendre la cadence de leur voix. C'est peut-être, pour moi, la retombée la plus précieuse de ce projet.

De Henri Cartier-Bresson je ne me sens pas le droit de dire qu'il a été mon maître : à la fin des années 50, quand nous nous rencontrions chez Magnum, il critiquait mes photos de mode ("Tu dois choisir, disait-il, on ne peut pas faire, à la fois, du reportage et de la mise en scène"). Je n'ai pas tenu compte de ce conseil et j'ai persisté dans une direction qui me semblait bonne. Pire encore, je me suis lancé dans la photographie en couleur, qu'il désapprouvait. Pourtant, tout en transgressant ses limites, j'ai l'impression de ne pas avoir quitté son territoire : parce que les règles que je me suis toujours imposées restent, fondamentalement, celles que j'ai apprises en l'écoutant et en regardant son travail. Cartier-Bresson n'a pas participé à ces entretiens, parce qu'il pense avoir déjà dit ce qu'il avait à dire. Mais il est présent dans toutes ces rencontres, dans la mesure où il est difficile de parler de photographie sans se référer à lui.

Il y a des lacunes que je regrette. Irving Penn, l'un des photographes que je respecte le plus, s'est entretenu longuement avec moi, mais n'a pas voulu que ses propos soient enregistrés et publiés. Richard Avedon a préféré garder ses pensées pour un livre autobiographique. Diane Arbus et Ernst Haas, que je connaissais bien, ont disparu prématurément. Je pourrais citer d'autres photo-journalistes et photographes de mode que j'admire, mais que j'ai renoncé à rencontrer, pour ne pas revenir trop souvent sur les mêmes problématiques.

D'autres absences s'expliquent par un parti pris de ma part. Il y a des photos qui ont du succès, mais que je ne voudrais pas avoir faites, des tendances contemporaines que je refuse : le choix de mes interlocuteurs est une expression de ces partis pris. D'autre part il me semble que même si les photographes ici réunis sont très différents entre eux, même si leurs voix sont parfois discordantes, il existe un pointillé qui les réunit et qui définit une sorte de frontière.

Frontière de la "vraie" photographie ? Je n'ai pas la présomption de l'affirmer. Mais peut-être limite d'un "âge d'or". Je crois que les photographes que je viens de mentionner (avec quelques autres comme Robert Capa, Eugène Smith, Robert Frank, Werner Bischof) seront considérés un jour comme des grands classiques. À l'instar d'autres classiques, en d'autres âges d'or, ils se sont mis à l'œuvre avec une naïveté d'artisans, simplement parce que les techniques de leur époque leur permettaient d'explorer des aspects du monde qui n'avaient pas encore été explorés, parce qu'il existait un public curieux de ces aspects et parce que les médias étaient intéressés à reproduire ces images : un concours de circonstances qui a duré quelques décennies et qui ne se reproduira sans doute plus jamais. J'ai eu la chance d'être photographe à cette époque et de rencontrer certains des photographes qui l'ont illustrée. Je souhaite que ce livre en soit le témoignage.

 

 
   

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Frank Horvat Photographie
Entre vues - Introduction