Location d'expositions :

Figures romanes
1996-1997

   
   
     
   
   
         
 

62 tirages noir et blanc et couleur

 

 
 

Je crois que l'idée de photographier des sculptures romanes me vint à l'instant où je perçus pour la première fois, sur le dépoli de mon viseur, les modillons de la petite église octogonale de Saint-Michel. La tête de jeune femme qui apparut alors sur mon dépoli, avait quelque chose d'élémentaire et en même temps d'expressif qui me rappelait certaines figures de Matisse ou de Picasso - mais dont à l'œil nu je m'étais à peine rendu compte. C'était l'une des occasions, pour moi toujours exaltantes, où la photographie permet d'appréhender ce que le seul regard ne saisit qu'imparfaitement.

À la différence des patrimoines sculpturaux de la Grèce, de l'Égypte, de l'Inde ou du Cambodge, les chefs-d'œuvre romans ne sont pas réunis dans un petit nombre de sanctuaires célèbres, ni préservés dans le musée de quelque capitale. Parmi ceux qui sont présentés ici, beaucoup se trouvent dans des églises d'agglomérations mineures, à peine mentionnées dans les guides et rarement visitées par les touristes.

En ce qui concerne les sujets et leurs significations symboliques, je les aurais sans doute mieux compris si j'avais pu dès le départ rencontrer Michel Pastoureau - qui écrivit les commentaires du livre - et accéder à ses interprétations. Ces sculptures exprimaient pour moi, bien sûr, la foi religieuse et le souci de l'au-delà, mais également - et c'est en cela qu'elles nous amenaient de surprise en surprise - une curiosité passionnée pour la vie terrestre. Aujourd'hui, la "naïveté" des artistes romans me paraît moins certaine. Je me rends compte, en revanche, de la naïveté dont j'ai moi-même fait preuve, en affrontant un sujet si vaste, sans autre bagage intellectuel que quelques notions d'histoire, un intérêt de longue date pour la sculpture et une certaine aptitude, affinée en cinquante ans de photographie, à dégager un sens de ce qui se présente à mes yeux. À ma décharge, je dirai que je n'ai jamais eu l'ambition de présenter un répertoire exhaustif, ni même une anthologie de chefs-d'œuvre. J'ai simplement fait un tour - relativement complet - du patrimoine sculptural de la France romane, enregistrant les aspects qui me semblaient plus signifiants.

Pour l'œil du photographe, l'usure naturelle de la pierre n'est pas toujours rédhibitoire: certaines images de ce livre ont été choisies justement parce que l'effet du temps, ou même le noircissement par la pollution, semblaient mettre en évidence une ligne ou souligner une signifiance. Parfois j'allais jusqu'à me demander si certaines sculptures m'auraient touché de la même manière si j'avais pu les voir dans leur état et leurs couleurs d'origine.

Les photographies du présent ouvrage auront atteint l'un de leurs buts, si elles donnent à quelques spectateurs l'envie de suivre ces traces.

 

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Frank Horvat Photographie
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