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Location d'expositions : Photographie de mode |
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64 tirages noir et blanc et couleur
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Ma mère était petite, rondelette, intéressée par les idées et indifférente à sa propre apparence. C'est sans doute pourquoi, pendant toute ma jeunesse, j'ai rêvé de femmes du type opposé. En dehors de ce penchant pour les mannequins, la mode n'a jamais été ma préoccupation majeure. À l'époque, j'avais d'autres ambitions : je venais de rencontrer Robert Capa et Henri Cartier-Bresson et voulais être photo-journaliste comme eux. Je suis parti en Inde pendant deux ans. Des magazines ont publié mes reportages. En 1956, je me suis installé à Paris et William Klein m'a fait connaître Jacques Moutin, directeur artistique du JARDIN DES MODES. Je lui ai montré mes reportages, précisant que je ne connaissais rien à la mode et que je ne savais travailler qu'au 24 x 36, ce qui n'était pas entièrement vrai. Moutin a dit : "Du 24 x 36 en mode, ça ne s'est jamais vu : l'imprimeur va râler Qu'il râle ! Tu peux commencer demain." L'imprimeur du JARDIN DE MODES a râlé. L'année d'après, l'imprimeur de ELLE a râlé à son tour. Ceux du VOGUE de Londres et du HARPER'S BAZAAR de New York ont râlé, mais mon "style" plaisait aux magazines : il ressemblait à l'esprit nouveau que le prêt-à-porter avait introduit dans la mode. Mais vers le milieu des années 60, mon style "mode-reportage" était devenu une convention comme tant d'autres : de nombreux photographes avaient adopté le format 24 x 36 et les mannequins avaient quitté leurs perruques pour des artifices plus subtils. L'évolution qui avait été dans l'air - et que j'avais devancée pendant quelques années - m'avait rattrapé : je ne pouvais aller plus loin. Ma reconversion fut difficile. La mode se tournait vers la libération sexuelle et le romantisme psychédélique, où je ne souhaitais pas la suivre. J'aurais voulu faire des photographies de mode sans artifice apparent, comme des coups d'il furtifs sur certaines femmes qui m'attiraient, sans anecdotes, sans effets d'objectif ou d'éclairage, sans joliesse facile. Je n'ai pas assez de recul pour juger mes tentatives dans cette direction : il me semble que j'ai été toujours un peu en porte-à-faux par rapport à mon époque, toujours à la poursuite de cette chimère que serait une photographie de mode intemporelle.Parfois j'ai cru la cerner de près, mais, paradoxalement, la poursuite en devenait plus difficile au fur et à mesure que mon expérience augmentait. Cela s'explique. L'idée d'une photographie de mode intemporelle comporte une double contradiction : d'abord, évidemment, entre mode et intemporel. Ensuite, pour le photo-journaliste qu'au fond j'étais resté, entre photographie de mode et photographie tout court. Photographier c'est saisir une spontanéité, enregistrer ce qui est et ne sera plus jamais : une photo qui peut être refaite n'est pas une bonne photo! Photographier la mode, au contraire, c'est représenter ce qui pourrait être (ou devrait être), donc nécessairement mettre en scène, faire répéter certains gestes, se répéter. Ces contradictions ne m'arrêtèrent pas. Elles furent même, en quelque sorte, mon instrument de travail, la corde raide sur laquelle je pratiquais mes exercices. Dans les années 80, je travaillais autant que possible en studio, où je cherchais à la fois le dépouillement et la difficulté. En fignolant les éclairages, en mettant à l'épreuve la patience des modèles, des rédactrices, des coiffeurs, des maquilleurs et des assistants, j'arrivais parfois à isoler l'essence d'une mode, tout en laissant flotter un peu d'intemporalité autour de la femme. Mais la perfection même de ces compositions m'inquiétait : ces photos de mode étaient-elles encore des photographies tout court ? Est-ce que la spontanéité ne s'était pas perdue en route? Aujourd'hui, en réunissant ces photographies, je me demande ce qu'elles signifieront pour le spectateur contemporain, étranger au contexte. Beaucoup de signes sont inversés : ce qui avait été le dernier cri de la mode a pris le charme du désuet, les situations qui choquaient par leur réalisme font sourire par la naïveté de leur artifice, les visages démaquillés de haute guerre étonnent par leur sophistication. Inversement, certaines photos qui avaient semblé "révolutionnaires" n'ont pas été incluses dans ce choix, parce qu'elles se distinguent à peine de ce qui se fait couramment. Notre il a changé, bien sûr, mais dans quelle mesure voyons-nous effectivement ce nous croyons voir ? Il me paraît certain que je n'ai pas toujours photographié ce que je croyais. Frank Horvat |
| Frank Horvat Photographie Location d'expositions - Photographie de mode |