Christine Turnauer

 

Introduction
   
  > Pour présenter Christine Turnauer  
     
     
 

Quand j'étais photographe de mode, il me fallait des assistants.

Aux candidats, très nombreux, qui se présentaient, je posais trois questions éliminatoires :

Savez-vous conduire ?

Parlez-vous l'anglais ?

Savez-vous écrire à la machine ?

(La passion pour la photographie allait de soi : sans elle, ils n'auraient pas brigué un travail aussi dur et mal rémunéré.)

Christine remplissait plus que ces conditions : elle parlait trois ou quatre langues, avait une bonne culture générale, avait voyagé. Qui plus est, son portfolio contenait quelques bonnes images.

Seulement elle était une jeune fille minuscule. "Je regrette de ne pouvoir vous engager" lui dis-je "mais une de mes faiblesses est que je déteste porter des poids : quand nous sommes en déplacement, c'est l'assistant qui doit se charger de mes appareils, de mes objectifs et de mon trépied. "

"Je peux porter vos appareils, vos objectifs et votre trépied" m'assura-t-elle.

Il se trouva que notre premier voyage fut en Inde, et qu'en plus de l'équipement habituel il nous fallut emporter plusieurs téléobjectifs et un trépied assez lourd. Christine mit un point d'honneur à se charger de tout, avec la conséquence qu'en marchant devant elle, sans poids sur les épaules et les mains libres, je ne me sentais pas très galant.

Par ailleurs sa contribution alla bien au-delà de cet effort musculaire. Pendant les prises de vue, j'avais le sentiment d'avoir une paire d'yeux en réserve, qui voyaient ce que je n'arrivais pas à voir, et un jugement en réserve, qui se faisait entendre au moment propice.

Dans les trente années qui suivirent, nous restâmes amis. Le destin donna à Christine beaucoup de choses que d'autres désirent - tout en lui en refusant certaines qu'elle désirait elle-même : notamment la disponibilité pour photographier à plein temps.

Mais non tutto il male vien per nuocere - tout le mal ne vient pas pour nuire : les photos que Christine a pu faire en ces trente ans ne sont pas nombreuses, mais la majorité d'entre d'elles me paraissent nécessaires - tant par son propre désir de photographier que par son sentiment que le sujet devait être montré en photo.

Je ne connais pas beaucoup de photographes dont je dirais cela. C'est la raison pour laquelle Christine Turnauer ouvre la série de mes invités.

 
  Frank Horvat, Mai 2003  
     
     
     
  > Nuque et face, texte de Christine Turnauer  
     
     
 

En visite chez un vieil ami, qui vit au pied de la plus haute montagne d'Autriche, le "Grossglockner", j'ai découvert la beauté des paysans montagnards de la dernière génération d'avant-guerre. Ce sont des gens qui ont dû affronter une vie rude et des tâches pénibles, dans un univers où l'absence de distractions futiles était compensée par leur enracinement dans des anciennes traditions.

Leurs visages expriment à la fois la dignité, la force, le caractère et l'humour. Ils me faisaient penser aux Indiens du Canada, dont les physionomies expriment cette même conscience d'une identité.

Dans la suite, j'ai étendu ma recherche à d'autres milieux ruraux de montagne, afin de rencontrer d'autres personnes montrant cette qualité. Je me suis vite rendu compte que le meilleur moment et le meilleur endroit pour les trouver était le dimanche à l'église. C'est là que l'on peut observer les gens "de derrière la nuque". (Les femmes plus jeunes enroulent leurs nattes autour de la tête, les plus agées entortillent ce qui leur reste en un noeud, ressemblant un peu à une coquille d'escargot.)

Devant moi, dans l'église, il y avait une femme visiblement âgée (c'est à dire avec une coiffure en coquille d'escargot) mais avec une nuque d'enfant et un port de tête que je trouvais charmant. Ce contraste entre son âge, sa nuque enfantine et la particulière innocence dans son attitude fixa mon attention et me fascina.

Curieuse de voir son visage, je l'attendis devant l'église, où je me trouvai en face d'une octogénaire aux lunettes épaisses, au nez impressionnant et au regard qui semblait jeter des étincelles. À ma demande de faire son portrait, elle réagit avec un étonnement amusé, sans trop se faire prier pour me donner un rendez-vous le lendemain.

Je la photographiai en grandeur nature, d'abord le visage, puis la nuque. L'idée que l'on veuille photographier sa nuque la surprit. C'est une partie de notre corps que nous ne voyons pas souvent, que nous ressentons comme particulièrement vulnérable et que nous n'avons pas le moyen de contrôler, alors que nos visages prennent l'apparence du moment et réagissent à nos rencontres. La nuque ne peut tromper : elle exprime notre manière d'être, par des attitudes qui s'inscrivent en elle avec les années. J'ai ainsi cru découvrir, chez certaines vieilles personnes, des rides particulièrement intéressantes et comme gravées dans cette partie de leur corps.

L'observateur attentif se rend compte que l'attitude d'un individu est exprimée par la manière dont il tient sa nuque - certains se révèlent timides et peu sûrs d'eux-mêmes, d'autres bien installés dans leur corps et dans leur personnage. Une "nuque raide" exprime sans doute une difficulté à se laisser aller.

Cette découverte me donna l'envie de photographier non seulement les visages de mes modèles, mais également leurs nuques, dont la représentation me semblait compléter leur portrait. Visage et nuque sont complémentaires : l'ensemble peut traduire la totalité d'une personne, et les deux images, placées l'une à côté de l'autre, semblent soudainement suggérer l'idée d'un volume et l'effet d'une troisième dimension.

Cela m'apparût même dans les deux photos de "RAGAZZA", le faucon - et je compte poursuivre ma recherche pour découvrir d'autres exemples.

 
     
     
     
  > Christine Turnauer, autobiographie  
     
     
 

1946 : Née en Autriche, le 13 Décembre.

1970 : Installée à Paris.

1973-75 : Assistante de Frank Horvat.

1975-79 : Photographe indépendante.

1979 : Émigrée à Alberta, Canada. Dirige une ferme et étudie l'histoire de l'art.

1986 - 96 : Photographie des danseurs indiens. Dans ce but, fait construire un studio démontable, qu'elle transporte dans sa voiture. Assiste à des Pow-Wow (festivals annuels, dans les réserves indiennes, où les tribus de l'Ouest du Canada et des États-Unis se réunissent, pour célébrer leur culture et organiser des compétitions de danse). Ces images ont été exposées à Calgari et Banff, au Canada, au Canada House de Londres et plus tard à Prague. Un petit livre a été publié au Canada.

Cette série a été suivie par d'autres portraits de jumeaux et de personnages originaux vivant au Canada.

1996 : De retour à Paris, Christine photographie son fils Auguste et ses amis. Ce projet consiste en 24 portraits grandeur nature, de filles et de garçons âgés entre 17 et 19 ans, où l'on peut remarquer les changements entre l'adolescence et le début de l'âge adulte.

1999 : De retour en Autriche, Christine entreprend un projet inspiré par les paysans de montagne de la génération d'avant-guerre.

 

 
     
     
     
  > Pour contacter Christine Turnauer :  
     
  b.reithofer@constantia-packaging.com  
     
     
     
   

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Frank Horvat Photographie
Invités - Christine Turnauer