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    Calcutta - La misère  
       
       
       
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Mon arrivée en Inde a été un retour. J'y avais séjourné entre 1952 et 1954, mais sans avoir les moyens d'en visiter tous les sites célèbres, et sans rencontrer les gourous, les maharajas, les fakirs et les tigres de mes rêves d'adolescence. Ce premier voyage fut pourtant une période importante de ma vie, au point que quand j'entends l'expression "Mother India", cela fait encore résonner mes cordes sensibles.

Ainsi, au matin de ce retour, alors que le taxi me conduisait de l'aéroport vers le centre de New Delhi et que, dans la brume froide de décembre, j'entrevoyais la plaine décolorée, avec les silhouettes blanches des bœufs et les formes bizarres des paysans blottis dans leurs dhotis, dont ils ne laissaient dépasser que leurs jambes noires, squelettiques, semblables à des pattes d'oiseau, j'ai failli faire arrêter la voiture, pour m'agenouiller au bord d'un champ et toucher la terre avec les paumes. (Je n'en ai rien fait : le passager débarquant d'un Boeing se contente d'imaginer de tels gestes.)

Ce préambule est pour mettre en perspective les jugements négatifs que je pourrais exprimer sur ce pays et ses habitants. Quand je critique l'Inde, c'est comme quand on relève les défauts d'une personne que l'on aime : pour prévenir, en quelque sorte, les critiques de ceux qui ne partagent pas notre amour.

Après de brefs séjours à Delhi et à Chandigar, je me suis envolé pour Calcutta, mon étape principale. En descendant de l'avion (de nouveau, au petit matin), je n'ai pas retrouvé la chaleur étouffante dont j'avais le souvenir : même à cette latitude, les nuits de décembre peuvent être fraîches. Entre l'aéroport et le centre-ville, le taxi traverse dix kilomètres de bidonvilles - ou plus exactement de taudis de boue : la tôle ondulée, ici, serait un luxe. Dans la brume, je distinguais des silhouettes immobiles, dressées autour d'un brasier ou d'une lampe à pétrole. Quelque chose, dans leurs attitudes ou dans cette lumière, suggérait des scènes de tragédie.

Je savais d'avance que le sujet de mon reportage serait la misère. Mais ce terme, tel que nous l'employons, ne correspond pas vraiment à la réalité des cinq millions d'habitants de Calcutta (ou quatre, ou six, ou huit millions : on ne les a jamais comptés). Pour nous, le mot suggère une situation à laquelle on devrait porter remède, par exemple par du développement économique, par une meilleure administration ou par de l'aide humanitaire.

Alors que pour la majorité des habitants de cette ville, la misère est la seule forme d'existence qu'ils connaissent, au point que l'on peut se demander s'ils en imaginent une autre. Les projets dont parlent leurs journaux et leurs politiciens - l'industrialisation, la planification, le contrôle des naissances - paraissent sans rapport avec la réalité, un peu comme l'explication de ce fonctionnaire des relations publiques, qui refusait la cigarette que je lui avais proposée, prétendument parce qu'il s'interdisait le plaisir de fumer, tant que les envahisseurs chinois n'auraient pas été repoussés hors des frontières de sa patrie.

Au Caire, la misère était différente. Il y avait, chez la jeune mère avec la jambe pourrie et le bébé abandonné sur le trottoir, quelque chose comme un refus d'accepter son sort, une révolte à laquelle on aurait voulu s'associer.

Ici les gens marchent en silence, serrés sur les trottoirs trop exigus. Quand on observe certains regards très fixes, dans des visages très creux, on se dit que ce doit être un signe de la faim. On note ce même regard chez les riksha-coolies, dont la plupart semblent avancer comme dans un rêve. Pour huit annas (huit centimes USA) le coolie traîne sa charge sur un parcours de trois ou quatre kilomètres, au pas de course. Ses passagers sont souvent des grosses femmes de commerçants banja (ici, ceux qui peuvent se le permettre prennent du poids) accompagnées d'une sœur ou d'une mère du même acalit et portant sur les genoux deux ou trois enfants et plusieurs paquets : de quoi faire facilement deux cents kilos.

Je n'ai jamais vu le regard d'un coolie sortir de sa fixité : comme s'il n'y avait pas de place, dans son univers, pour l'idée d'un renversement des rôles.

En fait les riksha-coolies sont relativement privilégiés. La plupart d'entre eux sont des paysans qui ont dû quitter leur famille et leur village à cause d'une dette ou d'une mauvaise récolte. Par un expédient ou par un autre, le plus souvent en empruntant quelques roupies à un usurier banja, ils ont trouvé de quoi payer le dépôt pour la location du véhicule. Ils ne dépensent pas plus que huit annas pour leur nourriture quotidienne et ils dorment dans la rue, couchés sous leur chariot. Si des voleurs ne s'emparent pas de leurs économies, s'ils ne succombent pas à la tuberculose et s'ils ne se laissent pas tenter par l'alcool, ils arriveront à payer leur dette et à rentrer au village. Mais ils ne sont pas les seuls à dormir sur les trottoirs : les sans-abri, en grande majorité des hommes, sont estimés à plusieurs millions. Seulement que la plupart d'entre eux n'ont pas trouvé l'argent pour louer un riksha.

Leur résignation paraît si totale que l'on finit par la considérer naturelle, et que l'on arrive à se laisser traîner par eux sans trop de mauvaise conscience : après tout, se dit- on, les huit annas de la course leur permettront de survivre jusqu'au lendemain.

J'ai eu plus de mal à m'habituer à la vue des femmes étendues, en plein soleil, sur les trottoirs autour de Howrah Station, entourées d'enfants quasiment nus et visiblement sous-alimentés.

Ce sont des réfugiés, me dit-on (mais venant d'où et fuyant quoi) ? J'ai renoncé à rêver de solutions sociales ou humanitaires, et même mon sentiment de révolte s'est émoussé. Je sens simplement un nœud au niveau de l'estomac, qui tend à monter vers la gorge. Je voudrais m'appuyer au parapet du pont, ne plus voir autre chose que l'eau verte de l'Hooghly, et vomir, vomir.

Le Hooghly est l'une des branches du Gange-Brahmaputra. Ses eaux charrient tous les déchets de la ville et aussi de nombreux cadavres, sans que cela empêche les brahmanes de les considérer sacrées et purifiantes. Dès le lever du jour, ils y pratiquent leurs ablutions, de préférence sur les marches qui entourent les piliers de Howrah Bridge. Cette structure, qui relie le centre-ville à la gare principale et au faubourg de Howrah, est une merveille d'ingénierie métallique, longue de plus d'un kilomètre, parcourue par un flot ininterrompu de tramways à deux étages, de camions, de fiacres, de rikshas, de troupeaux de chèvres ou de vaches, de taxis, de piétons, de vendeurs ambulants, de lépreux, de sadhus et de villageois : elle constitue en fait l'artère principale de la ville.

Tout au long du Hooghly, et jusqu'autour des piliers du pont, les brahmanes ont érigé des petits temples, chacun avec ses marches sacrées (les ghats) qui descendent jusqu'au fleuve. Des fleuristes proposent des colliers de jasmin, que les fidèles offriront à Shiva et à Durga Kali. Des sadhus, nus et enduits de cendres, se tiennent en chandelle, la tête en bas et les pieds vers le ciel, raides comme des piquets.

D'autres ont la langue ou les joues transpercées par des clous, ou les doigts segmentés par des cercles de fil de fer, resserrés progressivement jusqu'à l'atrophie complète des phalanges. Des mendiants plus ordinaires les entourent, chacun dans une pose étudiée pour mettre en évidence son malheur : les moignons et les facies leoninae des lépreux, les jambes monstrueusement enflées des malades d'éléphantiasis, les béquilles des amputés et des paralytiques. Étendus derrière eux sont ceux qui n'ont plus besoin de mendier. Ils ne sentent pas bon. Un chiffon leur sert de linceul et des nuées de mouches s'affairent autour d'eux. Quelques-uns remuent encore.

Si j'ai photographié l'homme sans visage, ce n'était pas pour montrer la photo à quiconque, et encore moins pour la proposer à un magazine. Mais je me suis forcé à viser et à déclencher, justement parce que tout en moi s'y refusait. À la place des yeux, du nez et de la bouche, l'homme avait quatre trous béants. Il était accroupi sur le trottoir, il tenait entre les mains un instrument à cordes, et du trou inférieur, celui dans lequel on pouvait encore distinguer deux dents branlantes, il laissait sortir une sorte de chant.

Fallait-il distribuer les annas que j'avais dans les poches ?

Ma chambre au Grand Hôtel coûte plus que cinquante roupies par jour. C'est le meilleur hôtel de la ville et sans doute aussi, dans sa catégorie, le plus inconfortable du monde. Pour installer la climatisation, on a remplacé les vitres des fenêtres par des planches et la lumière du jour par des tubes au néon. L'air froid arrive avec un petit sifflement ininterrompu, assez désagréable la nuit, et de toute évidence après avoir traversé les cuisines. (En revanche, le personnel est quatre fois plus nombreux que les clients, des dizaines de boys stationnent sans rien faire dans les couloirs et tapissent les parois de la salle à manger.)

J'ai fait le calcul : 1 roupie = 16 annas. Donc : 50 roupies = 800 annas. Si l'on sait qu'un repas de mendiant coûte 4 annas, on pourra dire qu'une de mes nuits d'hôtel pourrait nourrir deux cents mendiants.

Je m'approche d'eux avec mon Leica et ils tendent les mains machinalement, sans conviction. Pour eux, j'appartiens à une espèce inconnue, dont il n'y a pas à attendre de bienfaits. C'est des mains des brahmanes, qui fréquentent ces ghats pour leurs ablutions matinales, qu'ils attendent des aumônes. Mais dès que je sors quelques pièces de ma poche, c'est la ruée. Ils m'entourent, s'agrippent à mes mains et à mes jambes, agitent leurs moignons sous mon nez. Je ne peux m'en débarrasser qu'en les repoussant et en m'éloignant au pas de course, et ils ne me lâchent que dans la mesure où leurs infirmités les empêchent de me suivre. Je remonte vers le boulevard et m'engage sur le pont, mais quand j'en atteins l'autre bout et je me retourne, je me vois encore poursuivi par trois gamins, dont une fillette de la taille d'un de nos enfants de 3 ans, mais qui par son expression me paraît plus âgée.

L'effort de me suivre en courant, tout en tendant la main et en répétant, comme dans une litanie, "bakchich babudji, bakchich babudji", ne l'empêche pas de garder un sourire angélique.

Mais je suis paniqué, j'ai l'impression que je ne pourrai plus me libérer d'eux, je sens encore sur ma peau le contact de toutes ces mains poussiéreuses, je me dis que si je m'arrête pour donner une pièce à la petite, je serai aussitôt assiégé par une nouvelle horde. D'autre part, je suis honteux de ma lâcheté et pressé de monter dans l'un des taxis que je vois stationnés devant la gare, pour me faire conduire ailleurs et continuer mon reportage. Je pourrais bien, avant de m'y installer, distribuer entre eux les pièces qui me restent et que de toute manière je leur avais destinées. Mais je n'en fais rien : ma panique s'est transformée en une sorte de ressentiment contre ces petites mains et cette litanie insistante, que je ne suis pas arrivé à décourager. Quand la fillette s'accroche à mes genoux, comme pour m'empêcher de monter dans la voiture, mon coup de pied part tout seul. Je l'atteins au tibia, cela doit lui faire mal, car je vois les coins de sa bouche se tordre et son sourire se muter en grimace. Le chauffeur met quelques secondes à démarrer. Avant de disparaître de mon champ de vision, elle a le temps de reconstituer son expression, de tendre une dernière fois la main et de répéter "bakchich babudji".

Je me force à raconter cette histoire - qui est loin d'être à mon honneur - pour donner une idée de l'exaspération que ces êtres si doux et si démunis peuvent provoquer chez quelqu'un venant d'un monde différent.

Cela peut s'expliquer par un mélange de culpabilité et d'impuissance - mais une telle explication ne justifie rien : il reste le fait que face à une fillette, que dans un autre contexte j'aurais eu envie de prendre dans les bras, qui me tendait les mains en souriant, qui ne me demandait qu'une pièce de monnaie pratiquement sans valeur pour moi, je me suis conduit avec une brutalité qui ne m'est pas coutumière.

Pourtant ces enfants indiens ne sont pas si différents des miens, ni moi d'un indien adulte : si je m'exposais au soleil pendant quelques semaines et si je m'habillais comme eux, mon physique de Méditerranéen me permettrait de me confondre dans leur foule. (À condition que je modifie non seulement ma démarche - comme je me le disais déjà au Caire - mais aussi quelque chose de beaucoup plus enraciné dans ma nature : il faudrait que je devienne indifférent au monde matériel, et tout particulièrement à ses contingences plus pénibles, comme la chaleur, la faim ou la douleur physique).

Ceux qui parlent de la spiritualité des Indiens se réfèrent peut-être à cette indifférence, mais peut-être aussi à un désintérêt encore plus général, par rapport à tout objet matériel. Cela pourrait s'expliquer par la chaleur et l'humidité du climat, qui fait que les objets tendent à se désintégrer en poussière et en pourriture, et qu'en conséquence il vaut mieux s'en passer.

Les villageois indiens, par exemple, ne possèdent pas de vêtements dans notre sens du mot. Les dhoti et les turbans des hommes (tout comme les saris des femmes) ne sont que des longueurs de tissu, sans coutures ni boutons, que l'on enroule autour de son corps. Les moins riches n'ont qu'un unique dhoti, qu'ils lavent en même temps qu'ils pratiquent leurs ablutions. Cela fait qu'ils n'ont besoin ni de meubles pour ranger leurs vêtements, ni de trousses de couture pour les réparer, ni de valises pour les emporter en voyage. Le plus souvent ils marchent nu pieds, ou s'ils sont moins pauvres ils chaussent des sandales (mais cela représente déjà un compromis par rapport à leur concept de pureté, car le cuir est un morceau de cadavre).

En dehors du dhoti, l'Indien ordinaire ne possède que deux objets : un petit récipient en cuivre pour ses ablutions et un disque de fer sur lequel il étale la pâte de farine, pour la cuire sur un feu d'excréments séchés. Quand le chapatti est cuit, il le pose sur un morceau de feuille de banane et le porte à la bouche avec sa main droite (la gauche est impure, car elle sert pour l'hygiène de l'autre ouverture du canal digestif). Pour boire, il utilise un petit pot de terre, qui ne coûte presque rien et qu'il jette après usage. Il n'a donc besoin ni d'assiettes, ni de verres, ni de couverts, ce qui comporte également l'avantage de le préserver de la contamination qu'il craint le plus : celle de la salive d'un autre humain.

La nuit, il se couvre de son dhoti (ou du sari pour les femmes). Sa couche, quand il a les moyens de ne pas dormir sur le sol, est un réseau de cordes tendues sur un cadre en bois et soutenu par quatre montants. Cela se transporte d'une seule main (par exemple pour le placer sur un toit en terrasse, quand les nuits sont trop chaudes pour dormir à l'intérieur), cela permet à l'air de circuler autour du corps et cela remplace avantageusement nos matelas, nos draps et nos oreillers.

Les efforts économisés sur l'acquisition et l'entretien des objets sont investis dans les soins du corps. Les Indiens brossent leurs dents pendant des heures, et ceux qui peuvent s'en payer le luxe passent autant de temps à faire nettoyer leurs oreilles, à faire enlever les pellicules de leur cuir chevelu, à se faire induire d'huile et se laisser masser - sans parler des ablutions et purifications diverses, physiques et mentales, internes et externes, préconisées par les différentes écoles de yoga. Dans tous les squares de Calcutta, à toutes les heures pas trop chaudes du matin ou du soir, on voit des centaines d'hommes pratiquant la culture physique, individuellement ou par groupes.

Ces exercices n'ont rien de sensuel ni de narcissique. L'Indien n'aime pas particulièrement son corps : il le considère plutôt comme un fardeau inévitable, qu'il cherche à préserver du pourrissement et des souillures, et tout particulièrement de celles transmises par ses semblables (on sait que dans les films indiens les amoureux ne s'embrassent jamais sur la bouche...).

À ce mode de vie de leurs sujets, les conquérants britanniques avaient surimposé le leur. Le résultat le plus spectaculaire de cette superposition fut Calcutta, longtemps capitale de l'Empire des Indes et porte d'accès au subcontinent. Le Maidan a été dessiné sur le modèle de Hyde Park, le Fort sur celui de la Tower, Chowringhee (l'avenue principale) sur celui du Mall. Les grandes résidences furent décorées de façades à colonnes, dans le style de Belgravia, et les effigies de Wellington et de Queen Victoria furent placées dans les squares. Le pont sur le Hoogly est une pièce maîtresse de la sidérurgie britannique, et les transports sont assurés par des autobus rouges à deux étages, fabriqués dans par les mêmes usines que ceux de Londres.

À l'origine, cette Londres-sur-Hooghly était réservée aux fonctionnaires de la couronne, aux commerçants liés à la City et à une minorité d'indigènes anglicisés. Pendant longtemps, les Indiens ont accepté cet apartheid : à leurs yeux, les Anglais n'étaient qu'une caste de plus, qui se surimposait tout naturellement aux castes plus anciennes, comme d'autres conquérants l'avaient fait auparavant.

C'est au moment de l'indépendance et avec le flot des réfugiés venant du Bengale Oriental (devenu partie du Pakistan) que les masses indiennes ont submergé la ville : la brique, le marbre et le plâtre se sont imprégnés de leur sueur, de leur urine et de ce crachat rouge des mâcheurs de bétel, que l'on méprend facilement pour du sang. Les sans- abri se sont installés sur les escaliers d'honneur des immeubles et les ont couverts de leurs déchets.

Certaines rues ont dû être fermées à la circulation et transformées en dépôts d'ordures, hauts comme des collines, sur les pentes desquels des enfants en haillons cherchent des restes de nourriture. C'est comme si l'humanité était une lèpre de la ville.

J'ai quitté Calcutta sans plus oser penser "il faudrait" (des plans, des réformes, de l'organisation, de l'éducation, de l'efficacité, des cadres...). Un développement à l'occidentale, me suis-je dit, n'a de sens que pour des gens intéressés à produire et à posséder des biens matériels. Des sages indiens, comme Gandhi et Vinoba Bhave, en avaient été conscients, et c'est pour cette raison qu'ils avaient préconisé des réformes basées sur le mode de vie et les activités des villages : chaque Indien filerait et tisserait lui-même les quelques mètres de cotonnades dont il a besoin, la circulation de l'argent serait remplacée, autant que possible, par le troc, et les muscles des hommes et des bœufs reprendraient les fonctions usurpées par les machines.

Il va sans dire que ce rêve n'aurait été réalisable que si l'Inde avait pu s'isoler du monde. Les gouvernants actuels, sans doute réalistes, favorisent une industrie lourde, une économie planifiée et une armée de cinq millions d'hommes. Je ne suis pas qualifié pour mettre en question leur jugement, mais je ne peux imaginer leur Inde de demain que comme une cauchemardesque mutation de ses sept cents mille villages en un Super -Calcutta.

 
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